Actualités OUEST FRANCE ce jour : Un émouvant récit de notre histoire locale…

Retrouvée, la plaque du pilote ravive le récit du crash de 1944

La relique a ravivé les souvenirs des témoins de l’atterrissage forcé de deux aviateurs américains dans un village du Morbihan.

Dominique Le Lay

Le 29 avril 1944 restera une journée gravée à jamais dans la mémoire de plusieurs personnes qui vivaient, à l’époque, à Allaire (Morbihan). Émile Mainguet, 97 ans, Marcel Baron, 92 ans, Bernard Coyac, 93 ans et Alain Moquet, 89 ans en font partie. Samedi dernier, dans les locaux de la mairie voisine de Saint-Jean-la-Poterie, ils sont venus se remémorer cette journée, si particulière, en présence de l’Association bretonne du souvenir aérien (Absa) et du Groupe patrimoine et histoire locale d’Allaire.

« Mais aussi découvrir un souvenir d’une valeur inestimable, trouvé, le 30 décembre dernier, par Éric Renaudeau, fils et petit-fils de résistants d’Allaire durant la Seconde Guerre mondiale. Cette découverte est la plaque d’identification militaire de l’aviateur américain : Norman Davis Hersberger » , dévoile Daniel Baron, coordonnateur du Groupe patrimoine et histoire locale d’Allaire. Mais quel est le lien de cette plaque avec les personnes présentes, samedi dernier ? Pour cela, il faut replonger dans le temps et donc s’arrêter au 29 avril 1944.

Les deux pilotes s’éjectent

« Ce jour-là, une mission d’attaque massive est programmée pour la 8th Air Force de l’US Army sur la gare de Friedrichstrasse à Berlin. Un programme d’ampleur puisque participent, très exactement, 751 bombardiers. Ils sont soutenus par 593 chasseurs, dont ceux des jeunes aviateurs américains Norman Davis Hersberger et Albert George Johnson » , raconte Benoît Paquet, président de l’Absa, dont le but est de faire des recherches concernant l’histoire aérienne de la Seconde Guerre mondiale, de retrouver parfois les épaves, de retracer l’histoire et d’informer les familles.

Isabelle Guillermic, de cette même association, explique que les combats au-dessus de l’Allemagne furent violents et longs. Aussi, le retour vers l’Angleterre semble compliqué pour les deux pilotes américains de Mustangs. « Si Hersberger a connu un souci de carburant, Johnson semble avoir eu des problèmes de moteur. Alors, les deux pilotes s’éjectent de leurs avions, en même temps, en sautant en parachute au-dessus d’Allaire » , développe Isabelle Guillermic.

« Ma mère et mon frère ont été mis en joue »

Au moment du crash de l’avion d’Albert George Johnson, Marcel Baron, 10 ans à l’époque, se souvient d’un bruit assourdissant. « Nous étions en classe au manoir de Coueslé, car l’école des garçons était réquisitionnée par l’armée allemande. Notre maître, l’abbé Auguste Lelièvre, ayant vu par la fenêtre le Mustang tomber, s’est précipité sur les lieux en nous laissant seuls. Nous avons essayé d’aller voir. »

De son côté, Norman Davis Hersberger est tombé « à côté d’une maison en construction, où je travaillais. J’ai vu le pilote américain juste devant moi. La Gestapo mettra un moment à venir. Personne ne voulait rien dire. Alors, avec un revolver, ils ont mis en joue mon petit frère de 8 ans, puis ma mère, revit, très ému, Émile Mainguet, âgé de 15 ans ce 29 avril 1944. Furieuse, ne trouvant rien, la Gestapo a fouillé notre maison. »

Plusieurs habitants d’Allaire vont aider les deux aviateurs. Maurice Renaudeau, le père d’Éric, et Paul Ayoul recueillent Norman Davis Hersberger. Quant à Albert George Johnson, « c’est mon père Joseph qui l’a récupéré, glisse Bernard Coyac, 11 ans à l’époque. L’aviateur s’est blessé lors du saut en parachute. Sa jambe a touché l’arrière de son avion. Mon père a été aidé par Georges Lebel qui a porté le pilote sur plusieurs kilomètres, à travers les bois. »

Arrêtés par la Gestapo et torturés

Avant leur exfiltration vers l’Espagne, les deux Américains, « seront cachés, plusieurs jours, par mon père, Auguste Moquet, au château familial de La Béraye, à Caden, complète Alain Moquet, 7 ans en 1944. Famille de dix enfants à l’époque, onze après-guerre, nous n’avons jamais croisé les nombreux membres d’équipage recueillis au château car ils sortaient uniquement la nuit. »

Plus tard, les deux aviateurs seront arrêtés à Bayonne par la Gestapo. « Dans un journal local, publié dans le Maryland, Norman Davis Hersberger a raconté la suite. On apprendra que même sous les tortures, il n’a jamais donné les noms et les contacts de la Résistance française. Lors de sa capture, il pesait 82 kg, deux mois et demi plus tard, il ne pesait plus que 44 kg » , rapporte Isabelle Guillermic.

Pour les personnes présentes samedi, ce pilote est un héros. Qu’Éric Renaudeau ait retrouvé sa plaque militaire, 81 ans après, les a bouleversés. « Voilà treize ans que ma mère est décédée. J’avais découvert un carton, mais je n’étais pas allé au bout. Je l’ai fait en décembre dernier. J’ai trouvé sa robe de mariée, ses lettres d’amour échangées avec mon père et surprise… une chemise précieuse avec divers documents et la plaque de ce pilote américain. Norman a dû la remettre à mes parents au moment de leur rencontre et de l’exfiltration qui s’ensuivit » , raconte Éric Renaudeau.

Grâce au travail de fourmi de l’Absa, des morceaux de l’avion ont été retrouvés depuis. L’association les conserve précieusement. « Nous allons voir si nous remettons cette plaque à la famille de Norman, si elle est intéressée, ou si elle va rejoindre les parties de l’avion. »

Contact : groupepatrimoineallaire@gmail.com

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